ça brûleOuvrir la carte

Quartiers prioritaires : combien d'argent public par habitant ?

On entend souvent parler d'« investissement massif » dans les banlieues. Que disent les données ouvertes ? Cette page compare ce que l'État verse chaque année aux communes, par habitant, selon la part de leurs habitants qui vivent en quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV). Ce n'est qu'une partie du tableau : lisez aussi ce qui n'est pas mesuré.

5 372 530habitants vivent en quartier prioritaire en métropole (population des QPV retenue pour la DSU, 2025)
2,76 Md€de dotation de solidarité urbaine versés aux communes en 2025
215 €de DSU par habitant dans les communes de 10 000 habitants et plus où 25 % ou plus des habitants vivent en QPV, contre 12 € dans celles sans QPV
839 € / 1 312 €de dotations totales par personne pauvre, sans QPV puis avec 25 % et plus d'habitants en QPV : 1,6 fois plus, contre 3,9 fois par habitant

Dotations de l'État par habitant (2025)

Aucun quartier prioritaire417 communes, 7 731 828 habitants
86 €
Moins de 10 % des habitants en QPV117 communes, 6 635 246 habitants
89 €
10 à 25 % des habitants en QPV309 communes, 12 496 808 habitants
211 €
25 % et plus des habitants en QPV160 communes, 6 630 423 habitants
337 €

DSU (dotation de solidarité urbaine) DSR (solidarité rurale) Dotation forfaitaire

Groupe de communesCommunesHabitants en QPVDSU par hab.Forfaitaire + DSR par hab.Total par hab.
Aucun quartier prioritaire417012 €74 €86 €
Moins de 10 % des habitants en QPV117439 96618 €71 €89 €
10 à 25 % des habitants en QPV3092 104 87580 €131 €211 €
25 % et plus des habitants en QPV1602 540 835215 €122 €337 €

Dotations de fonctionnement versées par l'État aux communes (DGF) : DSU, DSR et dotation forfaitaire, hors dotation nationale de péréquation. Chiffres divisés par la population INSEE de chaque groupe de communes. La comparaison à communes de 10 000 habitants et plus évite l'effet de la taille : la DSU ne concerne que les communes de plus de 5 000 habitants.

Rapporté aux besoins : par personne pauvre

Les communes avec beaucoup de QPV sont aussi nettement plus pauvres : 29,1 % de la population sous le seuil de pauvreté, contre 10,8 % dans les communes comparables sans QPV (Insee, 2021). Rapportées au nombre de personnes pauvres, l'écart se réduit nettement (3,9 fois par habitant, 1,6 fois par personne pauvre) : 839 € par personne pauvre sans QPV, 1 312 € avec 25 % et plus d'habitants en QPV. La DSU pèse bien plus lourd dans les secondes (871 € contre 117 €), le reste étant la dotation forfaitaire et la DSR, qui ne dépendent pas directement de la pauvreté.

Aucun quartier prioritaire10,8 % de pauvreté · 417 communes
839 €
Moins de 10 % des habitants en QPV15,7 % de pauvreté · 115 communes
928 €
10 à 25 % des habitants en QPV21,1 % de pauvreté · 309 communes
1 116 €
25 % et plus des habitants en QPV29,1 % de pauvreté · 159 communes
1 312 €

DSU Autres dotations (forfaitaire, DSR)

Groupe de communesCommunesTaux de pauvretéRSA et prime d'activité (personnes pour 100 hab.)DSU par personne pauvreTotal par personne pauvre
Aucun quartier prioritaire41710,8 %13,7117 €839 €
Moins de 10 % des habitants en QPV11515,7 %19,7199 €928 €
10 à 25 % des habitants en QPV30921,1 %25,1423 €1 116 €
25 % et plus des habitants en QPV15929,1 %30,3871 €1 312 €

Personnes pauvres : sous 60 % du niveau de vie médian, calculées au niveau de la commune, pas du quartier. Les trois sources n'ont pas le même millésime : dotations 2025, pauvreté 2021, RSA et prime d'activité décembre 2024 (personnes couvertes, effectifs arrondis par la CAF, rapportées aux habitants). Les communes dont les données de revenus sont couvertes par le secret statistique manquent, surtout parmi les petites. Ce n'est pas l'argent reçu par ces personnes : c'est une façon de mettre l'effort en regard des besoins.

L'investissement : subventions de l'État aux projets des communes

L'État finance chaque année des projets d'investissement des communes par trois dotations : la DPV (dotation politique de la ville, réservée aux communes à quartiers prioritaires), la DETR (surtout les communes rurales) et la DSIL. En moyenne 2018-2025, les communes de 10 000 habitants et plus où 25 % ou plus des habitants vivent en QPV ont reçu 21,8 € par habitant et par an, dont 12,4 de DPV, contre 8,0 € dans celles sans QPV (2,7 fois plus). Rapporté à la pauvreté : 84 € contre 78 € par personne pauvre et par an (1,1 fois). En prenant toutes les communes, y compris les petites, celles sans QPV reçoivent 25,6 € par habitant et par an, dont 17,9 de DETR, contre 22,1 € pour les communes à forte part de QPV.

Aucun quartier prioritaire417 communes, 3 637 projets
8,0 €
Moins de 10 % des habitants en QPV117 communes, 1 281 projets
5,1 €
10 à 25 % des habitants en QPV309 communes, 6 575 projets
11,2 €
25 % et plus des habitants en QPV160 communes, 5 447 projets
21,8 €

DPV (politique de la ville) DSIL DETR (surtout rural)

Groupe de communesCommunesDETR par hab. et par anDSILDPVTotal par hab. et par anTotal par personne pauvre et par an
Aucun quartier prioritaire4172,55,50,08,078
Moins de 10 % des habitants en QPV1170,64,40,05,135
10 à 25 % des habitants en QPV3091,17,92,211,260
25 % et plus des habitants en QPV1600,78,712,421,884

Seuls les projets portés par des communes sont comptés : ceux des intercommunalités (nombreux en milieu rural), des syndicats et des départements ne peuvent pas être rattachés à une commune. Ce sont des subventions de l'État décidées projet par projet : ni les financements de l'ANRU, ni ceux des collectivités, ni le droit commun n'en font partie. Euros courants, moyenne annuelle sur 8 ans, population 2025. Source : DGCL, projets financés par les dotations d'investissement.

Évolution depuis 2019

Communes de 10 000 habitants et plusDSU par hab. 20192025Total par hab. 20192025Total par personne pauvre 20192025
Aucun quartier prioritaire12 €12 €99 €86 €913 €839 €
Moins de 10 % des habitants en QPV17 €18 €103 €89 €913 €928 €
10 à 25 % des habitants en QPV67 €80 €206 €211 €1 052 €1 116 €
25 % et plus des habitants en QPV178 €215 €304 €337 €1 122 €1 312 €

Euros courants, sans correction de l'inflation. Pour la pauvreté, c'est le même millésime Filosofi dans les deux cas.

Les communes dont une grande part des habitants vit en QPV

CommuneHabitantsPart en QPVDSU par hab.Total par hab.
Marseille 13883 46627,6 %106 €262 €
Saint-Denis 93149 78170,0 %216 €289 €
Aubervilliers 9389 66289,6 %279 €378 €
Roubaix 5999 92678,0 %596 €754 €
Strasbourg 67294 56425,4 %84 €170 €
Lille 59240 52329,4 %143 €274 €
Mulhouse 68106 09546,6 %282 €460 €
Bobigny 9355 40480,5 %326 €402 €
Sarcelles 9558 79874,9 %671 €843 €
Le Havre 76168 32926,1 %114 €304 €
La Courneuve 9347 21187,0 %382 €448 €
Argenteuil 95107 56334,0 %166 €279 €
Aulnay-sous-Bois 9386 72741,0 %102 €159 €
Garges-lès-Gonesse 9542 47979,6 %634 €799 €
Montreuil 93111 33329,4 %52 €137 €

Les 15 communes comptant le plus d'habitants en QPV parmi celles où cette part atteint 25 %. Télécharger les 772 communes avec QPV (CSV).

Ce que cette page ne mesure pas

Comment lire ces chiffres

Les communes où une grande part des habitants vit en QPV reçoivent nettement plus de dotations de l'État par habitant : c'est le but de la DSU, qui cible les communes à fortes difficultés sociales. Mais ces communes sont aussi bien plus pauvres, et rapporté au nombre de personnes pauvres l'écart se réduit nettement, de 3,9 fois à 1,6 fois, sans disparaître. Côté subventions d'investissement de l'État aux communes (DETR, DSIL, DPV), l'écart est de 2,7 fois par habitant et de 1,1 fois par personne pauvre. Ces données ne permettent ni de confirmer ni de réfuter l'idée d'un « investissement massif » : il faudrait pour cela les montants de la rénovation urbaine par quartier et la part du droit commun, qui ne sont pas publiés de manière exploitable. Nous les publierons quand ils le seront.

Sources

Voir les départements · Sources et méthode